Le dossier client 360 : ce qu'un cabinet CGP doit pouvoir montrer à tout moment
Le dossier client porte la preuve du conseil, bien après que les conversations se sont effacées. Or beaucoup de dossiers sont complets le jour de la souscription et périmés dix-huit mois plus tard. Ce qu'un dossier client CGP doit contenir, de l'entrée en relation au contrôle, et comment le garder vivant.
- Le dossier commence avant le premier conseil : DER remis, lettre de mission signée, périmètre et rémunération posés par écrit.
- KYC et profil investisseur ne sont pas des formulaires d'accueil : ce sont des données de travail, datées et versionnées, qui fondent chaque adéquation.
- L'adéquation MIF II se motive dossier par dossier — un rapport qui répète le même paragraphe pour tous les clients ne démontre rien.
- Un contrôle ne juge pas l'élégance du conseil mais sa traçabilité : pièces datées, versions conservées, diligences journalisées, écarts expliqués.
- Le dossier vivant est un processus outillé : échéances de mise à jour, alertes de péremption, historique complet dans le logiciel du cabinet.
La mémoire du cabinet, pas une contrainte de plus
On présente souvent le dossier client comme un tribut payé à la réglementation. C'est une erreur de perspective. Le dossier est d'abord la mémoire du cabinet : ce que le client a dit, ce qu'on lui a proposé, ce qu'il a décidé, et pourquoi. Sans lui, chaque conseiller repart de zéro, chaque départ de collaborateur ampute la connaissance client, chaque réclamation devient parole contre parole.
Les cabinets qui tiennent bien leurs dossiers le constatent : la contrainte réglementaire et l'intérêt commercial convergent. Un dossier complet accélère le conseil suivant, alimente les revues périodiques et fait la différence en cas de contrôle ou de litige.
L'entrée en relation : DER et lettre de mission
Tout commence par le document d'entrée en relation : statuts et immatriculations du cabinet, associations professionnelles, mode de rémunération, éventuels liens capitalistiques avec des producteurs. Sa remise se date et se conserve. Suit la lettre de mission, qui délimite ce que le cabinet fait — et ne fait pas — pour ce client, avec la rémunération correspondante.
Ces deux pièces cadrent toute la relation. La liste des documents à remettre varie ensuite selon les activités exercées — CIF, intermédiation en assurance, IOBSP — et chaque casquette apporte ses obligations propres. Le dossier doit refléter cette pluralité de statuts, pas la gommer.
KYC et profil investisseur : connaître avant de conseiller
La connaissance client couvre l'identité et la situation — familiale, professionnelle, patrimoniale —, l'origine des fonds et les obligations de vigilance du cabinet. Le profil investisseur y ajoute l'expérience et la connaissance des produits, la tolérance au risque, la capacité à subir des pertes, l'horizon de placement et les préférences de durabilité.
Le piège classique : traiter ces éléments comme un questionnaire d'accueil qu'on remplit une fois. Ce sont des données de travail. Chaque conseil s'appuie sur leur version en vigueur ; chaque version se conserve avec sa date. Un profil contredit par les faits — un client « prudent » qui détient un portefeuille spéculatif — doit déclencher une clarification documentée, pas un haussement d'épaules.
Les objectifs : recueillis, hiérarchisés, datés
« Préparer la retraite, aider les enfants, payer moins d'impôts » : le recueil brut ne suffit pas. Les objectifs se hiérarchisent — lequel prime en cas d'arbitrage ? —, se chiffrent quand c'est possible, et se datent. Un objectif de revenu à dix ans n'appelle pas la même allocation qu'un projet immobilier à trois ans.
C'est ce recueil qui rend l'adéquation démontrable. Les missions spécialisées s'y raccordent : un bilan retraite ou un bilan successoral documentent chacun leur volet, et leurs conclusions redescendent dans le dossier commun au lieu de vivre dans des fichiers séparés.
L'adéquation MIF II : motiver, pas cocher
Le rapport d'adéquation — au sens des règles issues de MIF II, transposées pour les CIF dans le règlement général de l'AMF — relie la recommandation aux caractéristiques du client : exigences et besoins, profil de risque, horizon, situation patrimoniale. Les retours de contrôles convergent sur un point : le copier-coller se voit. Un paragraphe identique dans cinquante dossiers ne démontre pas l'adéquation, il démontre l'automatisme.
La motivation utile est spécifique : elle cite les objectifs de ce client, explique le choix face aux alternatives envisagées, mentionne les mises en garde formulées. Elle n'a pas besoin d'être longue ; elle a besoin d'être vraie. Et quand le client passe outre un avis, le dossier consigne l'avis, la décision et la mise en garde — c'est la meilleure protection du cabinet.
Les pièces, leurs dates, leur péremption silencieuse
Un dossier client vieillit par ses pièces : justificatif d'identité expiré, situation familiale changée, profil investisseur antérieur à un événement majeur, clause bénéficiaire jamais relue. Chaque pièce a une durée de vie, et rien ne signale son expiration : on la découvre au conseil rendu sur des données fausses.
La parade est organisationnelle : dates de validité posées à l'entrée de chaque pièce, revue périodique par client, priorisation des dossiers actifs et des encours significatifs. C'est fastidieux à la main, et trivial pour un logiciel qui porte les échéances.
Ce qu'un contrôle attend de trouver dans un dossier client CGP
Qu'il vienne de l'association professionnelle ou du régulateur, un contrôle suit une logique de preuve. Concrètement, il faut pouvoir produire :
Le critère est la cohérence avant la perfection : des dossiers tenus de la même façon, selon une procédure écrite, avec des écarts expliqués. Un contrôle qui trouve dix dossiers impeccables et quarante coquilles vides conclut à la mise en scène.
- le DER et la lettre de mission, datés et signés ;
- le KYC et le profil investisseur en vigueur à la date de chaque conseil ;
- les rapports d'adéquation, spécifiques et motivés ;
- la preuve de remise des documents d'information ;
- les diligences de vigilance LCB-FT proportionnées au profil du client ;
- l'historique des mises à jour et des revues périodiques ;
- le traitement des réclamations éventuelles, dans les délais attendus.
Tenir le dossier vivant : ce que l'outil change
Aucun cabinet ne tient des dossiers vivants à la main au-delà de quelques dizaines de clients. Le logiciel fait la différence sur trois points : la centralisation — une seule version du dossier, partagée par toute l'équipe —, les échéances — alertes de péremption, revues planifiées —, et la traçabilité — chaque pièce, chaque version, chaque validation horodatées. Dans Lizzee, le journal d'audit scelle chaque document d'une empreinte, ce qui rend l'historique du dossier vérifiable a posteriori.
Reste la règle d'or : l'outil structure, il ne se substitue pas. La qualité du recueil, la sincérité de la motivation, la décision de conseil restent humaines. Un CRM pensé pour les CGP bien utilisé rend le dossier vivant ; le pilotage du cabinet s'appuie ensuite sur ces mêmes données pour suivre l'activité sans double saisie.
FAQ
Combien de temps conserver un dossier client CGP ?
Les durées varient selon la nature des pièces et les textes applicables, et les délais de réclamation courent parfois des années après le conseil. La pratique prudente : conserver l'intégralité du dossier pendant toute la relation, puis appliquer les durées légales propres à chaque catégorie de documents, en s'appuyant sur une procédure écrite de conservation et de purge.
À quelle fréquence mettre à jour le profil investisseur ?
À chaque événement significatif — changement de situation familiale ou professionnelle, évolution notable du patrimoine — et lors des revues périodiques du dossier. Avant toute nouvelle recommandation, le conseiller vérifie que le profil en vigueur reflète encore la réalité. Une adéquation construite sur un profil obsolète est fragile, même si le conseil était pertinent sur le fond.
Le rapport d'adéquation peut-il être généré automatiquement ?
Il peut être préparé automatiquement — pré-rempli à partir du KYC, des objectifs et du diagnostic — mais jamais émis sans validation. Le conseiller relit, ajuste la motivation au client concret et assume la recommandation. C'est le partage des rôles : le logiciel prépare et met en forme, le professionnel valide et décide. Aucune décision automatisée à l'égard du client.
Que faire des clients historiques dont le dossier est incomplet ?
Prioriser plutôt que culpabiliser : commencer par les clients actifs et les encours significatifs, profiter de chaque point périodique pour compléter le KYC et régulariser les pièces manquantes, et documenter le plan de remise à niveau. Un contrôle apprécie une trajectoire de régularisation organisée bien davantage qu'un stock de dossiers anciens laissé en l'état.
Le portail client aide-t-il à tenir le dossier ?
Oui, à condition d'en faire un canal de collecte et pas seulement de consultation : dépôt des pièces par le client, signature électronique des documents, historique partagé des échanges. Chaque dépôt horodaté alimente directement le dossier. Le cabinet garde la main sur la validation des pièces reçues : lui seul juge de leur conformité.
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